Upa Upa Tahiti te présente aujourd'hui Moana Louis, plus connu dans le monde de la musique sous le nom de Jansé Wesson. Multi-passionné, il s'épanouit également derrière un appareil photo et co-dirige Blackstone Productions, une agence spécialisée dans la création de contenu audiovisuel et multimédia à Tahiti. Rencontre avec ce talentueux créatif aux nombreuses casquettes !
Ukulele préféré

Ia ora na ! Peux-tu nous parler un peu de toi et de ton parcours musical ?

Ia ora na ! Je m'appelle Moana et je suis demi-polynésien, originaire de l'île de Bora Bora du côté maternel. J'ai passé quelques années en France (d'où mon accent [rires]) et en 2010 j'ai choisi de rentrer en Polynésie pour retrouver mes racines.
Quant à mon parcours musical, je suis issu de la culture hip-hop : j'ai sorti un premier album en France qui était 100% rap et hip-hop. Mais en revenant à Tahiti, je me suis rendu compte que les gens n'écoutaient pas du tout ce style de musique : ici le reggae est bien plus apprécié. J'ai donc fait de la musique métissée : des parties rap sur de la musique reggae, un concept plutôt original !

Depuis, j'ai sorti quelques singles : entre autre, Loin d'ici (qui est vraiment reggae) et Iaorana en featuring avec Jmi Sissoko, un artiste français, sur fond de ukulélé d'ailleurs !
 

Quelle est d'ailleurs l'histoire de cette chanson, Iaorana ?

C'est un morceau qui parle de la carte postale polynésienne. Pour la petite anecdote, Jmi Sissoko arrivait de France, avec un état d'esprit parisien : ça a été la découverte de l'endroit pour lui. On en a finalement fait une chanson : le titre décrit les particularités de Tahiti à quelqu'un qui n'en a jamais vu l'endroit. Ca parle de la population, des sourires, des regards, du fait que l'on se tutoie, des décors qui sont autour de nous (le lagon paradisiaque, la montagne...).

C'est un titre que je qualifierai de world music, car il est très métissé : le bit est un peu reggaeton, on retrouve cette frappe au ukulélé qui est typiquement polynésienne et on a ces parties rappées et chantées. Le succès qu'il a rencontré ici était un peu inattendu : les locaux l'ont beaucoup apprécié !

 

Quel genre de musicien es-tu ?


Je suis né à l'ère de l'informatique : je me décrirai comme un musicien sur ordinateur, qui joue de la souris [rires] ! Dans la culture du hip-hop il y a ce qu'on appelle le sample : c'est le fait de prendre certaines parties d'une chanson, d'adapter le tempo ou la tonalité pour les replacer et les transformer. C'est ce que je fais, en fonctionnant à l'oreille car je ne lis pas le solfège.

 

Quel regard portes-tu sur les influences de la musique locale ?


Concrètement, je pense que la culture musicale polynésienne a différentes facettes. La première dont tout le monde pense bien sûr c'est cet aspect festif et très appréciable, que l'on retrouve dans les bringues. Ensuite, bien que je ne sois pas quelqu'un de très religieux, l'emprise de la religion ici en Polynésie a quand même une conséquence assez positive : la plupart des gens savent chanter et ça c'est très cool !

Par contre, il y a aussi quelque chose d'assez déplorable au fenua : pendant des années, une société du nom de la Sacem a régulé les questions de droits d'auteur. Les artistes ne touchaient pas du tout leurs droits et à cause de ça, on est passé à côté de toute une décennie de compositeurs. Les gens ont arrêté de composer, les studios d'enregistrement coûtaient trop cher... Ce qui fait qu'aujourd'hui, on a beaucoup de gens qui chantent très bien mais qui font des reprises. Et ça c'est vraiment dommage car la culture d'un pays ça passe par plein de choses, mais aussi et surtout par la musique. A mon avis, on est vraiment passés à côté de quelque chose d'historique, à cause de ce problème là précisément : de cette période là, il reste vraiment très peu de compositeurs. Aujourd'hui, il y a une autre vague d'artistes talentueux : les jeunes s'y mettent et c'est beau à voir ! J'espère que ça va continuer de se développer car on s'est rendus compte qu'avec l'essor du Ori Tahiti dans le monde, les gens sont demandeurs de nouvelles chansons !

 

Est-ce qu'il y a des artistes polynésiens que tu apprécies particulièrement ?


J'aime beaucoup Sabrina Laughlin. J'aime beaucoup sa voix, elle a un timbre vraiment particulier. En plus c'est une personne adorable, d'une grande sensibilité.

Plus récemment, on a commencé à travailler avec Reva Juventin, un diamant brut à la voix aussi très particulière ! Ca fait des années qu'elle pratique, qu'elle écume les scènes de l'île et on est heureux de travailler avec elle.

Evidemment ensuite il y a les classiques : les chansons d'Angelo et de Bobby que tout le monde connaît et qui sont vraiment incroyables, très bien produites et réalisées.

Et puis on a aussi de très bons musiciens ici : je pense notamment à mon ami Vatea Le Gayic qui est un bassiste exceptionnel. Il a vraiment énormément de talent, peut-être même trop pour un endroit aussi petit !

 

Mauruuru Moana ! Et pour finir, quels sont tes projets pour la suite ?


Depuis la sortie de mon deuxième album en 2014, j'ai mis la musique un peu de côté : en ce moment je suis beaucoup plus concentré sur la photographie. Je pense que j'y reviendrai plus tard. Il ne faut pas forcer la chose, l'essentiel est de se laisser guider par l'envie et l'instinct. Je suis plus dans une démarche personnelle que commerciale, je ne fais pas de musique pour en vivre mais par passion et pour me faire plaisir.

J'ai quand même un duo avec mon ami et associé Charlie (alias "Didjelirium") : ça s'appelle AraMata et c'est basé sur de la musique hip-hop.

Sur le plan solo, je travaille aussi avec des compositeurs de métropole qui ont fait de très belles choses. Ces titres sortiront certainement avec le temps qui passe, lorsque j'aurai franchi la quarantaine et que j'aurai de nouvelles choses à dire... Avec une petite pression quand même car le succès qu'a eu Iaorana occulte tout : depuis ce titre, j'ai sorti une dizaine d'autres chansons mais personne ne les connaît ! [rires]

Merci à vous Upa Upa Tahiti !